La douleur chronique ou persistante : comment la traiter ?

La douleur chronique ou persistante : comment la traiter ?

La douleur joue un rôle essentiel pour nous protéger, mais il arrive qu’elle persiste bien au-delà de la guérison normale. Lorsqu’elle s’installe, elle peut affecter le quotidien, le moral et la participation aux activités significatives. Mieux comprendre la douleur chronique ou persistante permet d’adopter des stratégies efficaces pour la gérer et, surtout, reprendre une vie active et satisfaisante.

La douleur aiguë et subaiguë

La douleur est déclenchée lorsqu’il y a une lésion des tissus (tendon, muscle, os, etc.) à la suite d’une blessure, d’un accident ou d’une maladie. Elle est le résultat d’une interaction de plusieurs neurones (cellules nerveuses) et de récepteurs de danger appelés nocicepteurs.

Elle est décrite par l’Association internationale pour l’étude de la douleur comme « une expérience sensorielle et émotionnellement désagréable, associée à un dommage tissulaire présent ou potentiel » (IASP).

Lorsqu’une blessure survient, la douleur aiguë sert à rappeler qu’il faut momentanément protéger la zone blessée.

La guérison des tissus se fait généralement dans les 4 à 6 semaines suivant la lésion. Durant ce processus, les fibres abîmées se reconstruisent selon leur fonction. La douleur évolue suivant ce cycle et devient subaiguë. Toutefois, une immobilisation trop prolongée peut entraîner une raideur des tissus, qui devient elle-même source de douleur. Il est donc important de reprendre progressivement ses activités pendant la phase de guérison.

Avec une bonne gestion de la blessure et une récupération adéquate, la douleur finit normalement par disparaître lorsque le corps a terminé sa guérison.

Et la douleur persistante, dans tout ça ?

Parfois, après une blessure, des changements physiologiques surviennent dans le système nerveux, qui reste en mode alerte. Les circuits qui transmettent la douleur au cerveau deviennent plus sensibles, ce que l’on appelle une hypersensibilité périphérique ou centrale.

Le système d’alarme se déclenche alors à un seuil beaucoup plus bas qu’avant. Par exemple, une pression normalement inoffensive peut être perçue comme douloureuse. La douleur, initialement utile pour protéger le corps, devient alors une fausse alarme entretenue par différents facteurs.

Même une fois la guérison terminée, le corps peut continuer à réagir comme s’il y avait un danger, maintenant contractions, tensions musculaires et attitudes de protection.

Avec le temps, la douleur peut s’intensifier et mener à une incapacité persistante.

Le cerveau peut également se sensibiliser à la douleur, phénomène appelé sensibilisation centrale. De nombreux facteurs peuvent influencer la persistance et l’intensité de la douleur, notamment le stress, la dépression, le sommeil, les habitudes de vie et l’alimentation.

On parle de douleur chronique lorsque la douleur est encore présente après le délai normal de guérison ou lorsqu’elle persiste depuis plus de trois mois (Gouvernement du Québec).

La douleur chronique devient alors une pathologie distincte de la blessure initiale.

Les facteurs de risque de sensibilisation

Trois grands types de facteurs contribuent au développement de l’hypersensibilité :

  • Facteurs biologiques : déficit de condition physique, mauvaises postures, sédentarité, immobilisation prolongée, mauvaise alimentation, manque de sommeil, consommation de tabac ou d’alcool.
  • Facteurs psychologiques : stress, anxiété, dépression, catastrophisme, faible estime de soi et manque de soutien social.
  • Facteurs organisationnels : environnement de travail stressant, conflits, insatisfaction professionnelle ou relations difficiles avec les collègues.

hypersensibilité douleur graphique

Prévenir la sensibilisation

À l’inverse, certains éléments peuvent aider à prévenir l’apparition ou l’aggravation de la douleur persistante :

  • Adopter de bonnes postures et une ergonomie adéquate
  • Pratiquer une activité physique régulière et adaptée
  • Maintenir une bonne hygiène de sommeil et une gestion adéquate du stress
  • Avoir une alimentation équilibrée

Comment traiter la douleur persistante ?

La douleur persistante peut être une cause importante d’incapacité et affecter le moral ainsi que la participation aux activités significatives. Elle n’est toutefois pas une fatalité.

L’autogestion consiste à utiliser différentes stratégies pour faire face à la douleur chronique et la réduire (Douleur Québec).

Stratégies recommandées

  • Consulter un professionnel de la santé afin de comprendre la douleur persistante et les facteurs qui l’influencent. Une meilleure compréhension est associée à une diminution de la détresse émotionnelle. Une vidéo explicative est disponible ici : Comprendre la douleur persistante.
  • Pratiquer une activité physique sécuritaire et adaptée afin de diminuer la crainte de bouger et d’améliorer les capacités physiques. Les physiothérapeutes, ergothérapeutes et kinésiologues peuvent accompagner cette démarche.
  • Explorer le yoga, lorsqu’il est enseigné par un professionnel qualifié, pour améliorer la mobilité globale et la conscience corporelle.
  • Utiliser la méditation et les techniques de relaxation pour mieux gérer la douleur.
  • Participer à un programme de restauration fonctionnelle multidisciplinaire, impliquant physiothérapeutes, ergothérapeutes, kinésiologues et parfois psychologues (Douleur Québec).
  • Avoir une médication adéquate, lorsque recommandée par un médecin.
  • Travailler la gestion du stress, le soutien social et le dialogue interne, notamment avec l’aide de professionnels en santé mentale.

Des services de soutien sont également disponibles pour les personnes vivant avec de la douleur persistante :

En résumé

  • La douleur aiguë est une alarme utile, tandis que la douleur persistante est une fausse alerte liée à la sensibilisation du système nerveux.
  • Une reprise graduelle des activités est essentielle pour prévenir la douleur chronique après une blessure.
  • Des facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux influencent la persistance de la douleur.
  • Une approche interdisciplinaire incluant la physiothérapie et la kinésiologie favorise une meilleure gestion de la douleur persistante.
  • Les professionnels en santé mentale jouent un rôle clé dans la prise en charge du volet psycho-affectif.

Vous vivez avec une douleur persistante ? Une prise en charge adaptée peut vous aider à mieux comprendre votre douleur et à retrouver une vie active. Consultez un professionnel pour amorcer une démarche personnalisée.

Autres sources

  • Jam B. La vérité à propos de la douleur. Advanced Physical Therapy Education Institute, Thornhill, Canada, 2010
  • Butler D & Moseley L. Explain pain. NOI Group Publications, Adelaide, Australia, 2003
  • Bigos S, Roland M, Waddell G, Klaber J, Burton K, Main C. The Back Book. TSO information & publishing solutions, Norwich, United Kingdom, 2002
  • Woolf CJ. Central sensitization: Implications for the diagnosis and treatment of pain. PAIN (2010), doi:10.1016/j.pain.2010.09.030
  • Moseley L. Understanding chronic pain. Physical Therapy Reviews 2007; 12: 169–178

À propos de l’auteur

Audrey Bernard
Physiothérapeute
Audrey est physiothérapeute diplômée de l'Université de Laval (Maîtrise) et membre de l'Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec depuis 2019.
Enjeux de santé physique Gestion de la douleur