Un domaine à prédominance féminine
La réadaptation a un visage largement féminin : environ 77% des physiothérapeutes sont des femmes (Gouvernement du Canada, 2025), et cette proportion dépasse 92% en ergothérapie au Québec (Gouvernement du Québec, 2023). Cela est d’autant plus vrai chez nous, puisque le Groupe PhysioExtra est composé d’environ 75% de femmes, toutes disciplines confondues (juin 2025), dont plusieurs occupent des postes de gestion.
Pourtant, historiquement, peu d'entre elles occupaient des postes de direction, de recherche ou d'édition scientifique - un écart qui tend heureusement à se résorber au fil du temps.
Pionnières et bâtisseuses historiques
Les premières décennies du XXe siècle voient naître les professions de réadaptation au Québec, souvent sous l’impulsion de femmes visionnaires.
Enid Gordon Graham
Née à Montréal, Enid Gordon Graham est reconnue comme l’une des figures fondatrices de la physiothérapie au Canada. Dès 1920, elle participe à la création de l’association professionnelle qui deviendra l’Association canadienne de physiothérapie, contribuant à l’établissement de normes nationales pour l’enseignement et la pratique de la profession. En 1929, elle joue aussi un rôle clé dans la mise sur pied du programme universitaire de physiothérapie de l’Université de Toronto. Durant la Deuxième Guerre Mondiale, son engagement a permis le développement de services de réadaptation qui ont soutenu des milliers de soldats blessés (Gouvernement du Canada, 2017).
Françoise Savard-Goulet
En 1955, Françoise Savard-Goulet devient la première diplômée francophone d’un baccalauréat en physiothérapie et en thérapie par l’occupation au Canada. Elle est l'une des fondatrices de Physiothérapie inc, aujourd'hui l'OPPQ. Elle effectue un stage en Angleterre, puis ramène au Québec des innovations qu’elle applique en clinique et enseigne par la suite à l'Université de Montréal, où elle transmet une rigueur et un souci d'excellence à la relève (Université de Montréal).
Leaders contemporaines et contributions récentes
Au fil du temps, de nombreuses femmes ont pris les rênes en clinique, en enseignement, en recherche et en gestion, consolidant les acquis des pionnières.
Carol Lillian Richards
Chercheuse de renommée internationale, Carol L. Richards est une pionnière de la recherche en réadaptation au Québec. Elle a contribué à structurer la formation et la pratique fondées sur les données probantes et a fondé le Réseau provincial de recherche en adaptation-réadaptation (REPAR). Les recherches de la professeure Richards s’intéressent aux fonctions motrices, notamment la capacité de marcher, ainsi qu’à l’intégration sociale des personnes vivant avec des troubles neurologiques. Elle a contribué à 196 articles scientifiques et chapitres d'ouvrages, et a participé à plus de 200 conférences partout dans le monde (Université Laval).
De nos jours, recevoir le prix Carol L. Richards de l'OPPQ est une marque de distinction et souligne un parcours professionnel exceptionnel.
Sylvie Nadeau
Physiothérapeute et professeure titulaire, Sylvie Nadeau s’est illustrée comme leader en enseignement et en recherche, notamment en pathokinésiologie, avec un rayonnement important pour la profession, notamment comme Directrice des programmes de physiothérapie de l’Université de Montréal. Elle contribue grandement au rayonnement de la physiothérapie québécoise (OPPQ, 2020).
Nathalie Desmarais
Nathalie Desmarais est une physiothérapeute clinicienne reconnue pour son expertise en thérapie manuelle et en réadaptation orthopédique. Elle a obtenu le titre de Fellow of the Canadian Academy of Manipulative Physiotherapy (FCAMPT). Depuis 2013, elle partage également son savoir-faire comme chargée de formation pratique au programme de physiothérapie de l’Université de Sherbrooke et comme formatrice au sein de l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec, contribuant ainsi à former la prochaine génération de cliniciens (OPPQ).
Chantal Besner
Chantal Besner a joué un rôle clé dans l’évolution de la formation en physiothérapie au Québec à titre de directrice de l’enseignement clinique et professeure adjointe. Elle a notamment contribué à la création du continuum baccalauréat-maîtrise en physiothérapie, à la mise en place d’un microprogramme de 2e cycle en rééducation périnéale et pelvienne, ainsi qu’au développement d’un programme de qualification destiné aux physiothérapeutes formés à l’étranger (Université de Montréal).
Hélène M. Perrault
Physiologiste de l’exercice et professeure, Hélène M. Perrault s’est démarquée dans le milieu académique de la kinésiologie par son leadership et son engagement envers le développement des sciences de l’activité physique au Québec. Elle a notamment cofondé l’Association québécoise des sciences de l’activité physique (AQSAP), occupé des fonctions de leadership universitaire et contribué à faire progresser les connaissances en activité physique adaptée.
Annie Bélanger
Technologue en physiothérapie, Annie Bélanger s’illustre par son engagement soutenu envers l’accessibilité et la qualité des soins en réadaptation. Active tant sur le plan clinique qu’auprès de la relève, elle contribue à faire rayonner le rôle essentiel des technologues en physiothérapie au sein des équipes interdisciplinaires. Par son implication dans le développement des pratiques et son souci constant d’offrir des soins centrés sur le patient, elle participe à l’évolution et à la reconnaissance de la profession au Québec (OPPQ).
Monique Lefebvre
Monique Lefebvre a dédié sa carrière à favoriser l’inclusion des personnes handicapées par le sport et le loisir. En 1984, elle fonde le Défi sportif des athlètes handicapés, aujourd’hui connu sous le nom de Défi sportif AlterGo, et dirige l’organisme pendant plusieurs décennies. Par son engagement, elle a contribué à promouvoir l’accessibilité universelle et à transformer les perceptions sociales du handicap en mettant de l’avant les talents et les capacités des personnes concernées (Altergo).
Élaine Maheu
En physiothérapie, Élaine Maheu s’est distinguée par son engagement soutenu dans la formation et le développement de la pratique, en particulier en physiothérapie musculosquelettique. Par ses contributions à l’enseignement et à la formation continue, elle a favorisé le partage des connaissances et le rayonnement de la profession au sein de la communauté professionnelle (AQPMA).
Sonia Lupien
En santé mentale, Sonia Lupien se distingue par ses travaux sur le stress humain et ses effets, ainsi que par son leadership en recherche. Par son rôle de direction et son engagement en mobilisation des connaissances, elle a contribué à mieux faire comprendre l’impact du stress sur la santé et à diffuser ces savoirs auprès des milieux scientifiques, cliniques et du grand public (Université de Montréal).
Femmes influentes en rééducation périnéale et pelvienne, et en pédiatrie
Dans des domaines d'expertise comme la rééducation périnéale et pelvienne, la physiothérapie pédiatrique et l’ergothérapie pédiatrique, plusieurs femmes ont façonné les pratiques par l’innovation clinique, la recherche et la formation.
Chantale Dumoulin
Professeure titulaire à l’Université de Montréal, Chantale Dumoulin joue un rôle central dans le développement de la rééducation périnéale et pelvienne au Québec. Elle dirige un microprogramme universitaire de 2e cycle dédié à cette spécialité et a fondé un laboratoire axé sur la santé des femmes et le vieillissement. Par ses recherches sur les troubles du plancher pelvien, elle contribue activement à l’avancement de pratiques cliniques fondées sur des données probantes (Université de Montréal).
Annette Majnemer
Ergothérapeute de formation, Annette Majnemer a exercé une influence majeure sur la réadaptation pédiatrique grâce à son leadership académique et scientifique. Ses travaux portent notamment sur le développement de l’enfant et les approches centrées sur la famille, ainsi que sur les enfants à risque ou vivant avec des handicaps. Par sa capacité à mobiliser des équipes interdisciplinaires et des partenaires, elle a contribué à faire avancer l’innovation en soins et en recherche en réadaptation pédiatrique (Université McGill).
Francine Ferland
En ergothérapie pédiatrique, Francine Ferland a mis en lumière le rôle central du jeu dans le développement de l’enfant et en réadaptation. Elle a élaboré une approche d’intervention qui utilise le jeu comme moteur de motivation et de progrès, tout en diffusant largement ses connaissances par des ouvrages et des outils cliniques devenus des références pour les professionnels et les familles (CHU Sainte-Justine).
Reconnaître l’héritage et inspirer la relève
Du laboratoire de recherche aux centres hospitaliers, en passant par les salles de classe universitaires, les cabinets privés, les instances professionnelles et les terrains de sport, les femmes ont joué et jouent un rôle central en réadaptation au Québec. Leurs réalisations se mesurent en innovations cliniques, en progrès scientifiques, en services développés et en vies améliorées.
En cette Journée internationale des droits des femmes, reconnaître ces parcours, c’est souligner le chemin parcouru et l’inspiration qu’ils offrent pour l’avenir, afin de continuer à bâtir un système plus humain, plus efficace et plus équitable.

