Une blessure fréquente chez les grimpeurs
Les doigts représentent environ 52 % de toutes les blessures observées en escalade (Keegan et al., 2020). Cette forte prévalence s’explique par les charges mécaniques élevées imposées aux structures digitales, particulièrement lors des prises nécessitant une flexion importante des doigts.
Qu’est-ce qu’une poulie du doigt?
Les poulies sont des structures ligamentaires qui forment des gaines fibreuses le long des doigts. Leur rôle est de maintenir les tendons fléchisseurs près de l’os et d’éviter l’effet de « corde d’arc » lors de la flexion du doigt.

En escalade, les poulies les plus sollicitées sont les poulies A2 et A4, situées au niveau des phalanges proximales et moyennes. Elles sont essentielles à la transmission de la force et à la stabilité du doigt.
Pourquoi les poulies sont-elles souvent blessées en escalade?
Certaines prises très utilisées en escalade peuvent générer des forces supérieures à la capacité de résistance des poulies. Dans certaines positions de flexion des articulations interphalangiennes, la charge appliquée sur la poulie A2 peut dépasser son seuil de tolérance, ce qui explique la fréquence des ruptures observées chez les grimpeurs.
Les différentes prises « crimps » et le risque pour les poulies
Comment savoir si on a une poulie lésée en escalade?
Les grimpeurs décrivent souvent l’apparition de la blessure par un bruit ou une sensation soudaine de « pop » survenant lors d’un effort. Cette sensation est généralement suivie d’une douleur immédiate et d’un gonflement du doigt.
Une douleur persistante lors des prises, une diminution de la force de préhension ou une déformation visible du tendon lors de la flexion peuvent également suggérer une atteinte de la poulie.
Quels sont les symptômes d’une rupture de poulie du doigt?
Les symptômes varient selon la gravité de la blessure, mais incluent fréquemment une douleur aiguë, de l’enflure, une sensibilité locale et parfois une ecchymose. Une diminution de la capacité à charger le doigt est souvent présente.
Dans certains cas, une rupture peut entraîner un phénomène appelé bowstringing, soit une saillie visible du tendon lors de la flexion du doigt.
Comment savoir si j’ai endommagé un tendon de mon doigt?
Une atteinte tendineuse peut être suspectée lorsque la douleur s’accompagne d’une perte de mouvement, d’une incapacité à fléchir ou à étendre complètement le doigt, ou d’une faiblesse marquée. Une inflammation importante des structures environnantes peut également entraîner un œdème significatif et accentuer les symptômes.
Comment soigner une poulie de doigt?
Le traitement des blessures aux poulies est habituellement conservateur, sauf lorsque deux poulies ou plus sont complètement rompues. En phase aiguë, les recommandations incluent le repos relatif, l’application de glace et l’utilisation d’anti-inflammatoires.
Le taping est fréquemment utilisé afin de soutenir la poulie lésée, de diminuer la charge appliquée et de réduire les risques de récidive.
La réadaptation repose sur une reprise graduelle de la mise en charge. Un stress mécanique contrôlé est essentiel pour favoriser l’adaptation des ligaments et des tendons et améliorer leur tolérance aux contraintes. Le retour à l’escalade se fait progressivement, d’abord sur des voies de faible intensité, avec une attention particulière portée à la gestion de la charge, à la technique et à la variété des mouvements afin de favoriser une récupération durable. Consultez un physiothérapeute qui connaît bien ce type de blessure.
Autres blessures fréquentes à l’escalade
Coude et avant-bras
Les blessures du coude et de l’avant-bras représentent environ 9,1 % des atteintes en escalade. Le « climber’s elbow » est associé aux prises en pronation avec flexion du coude, qui génèrent un stress important sur les muscles de l’avant-bras. Les tendinopathies de l’épicondyle médial et latéral sont également fréquentes. Le traitement est généralement conservateur et repose sur le repos, la glace, les anti-inflammatoires et le renforcement excentrique.
Épaule
L’épaule est la deuxième région la plus touchée après la main, avec environ 17,2 % des blessures. Les atteintes sont principalement liées à la surutilisation et incluent les blessures de la coiffe des rotateurs, le syndrome d’accrochage, la tendinopathie du biceps et certaines lésions du labrum. Le travail répétitif des bras au-dessus de la tête, combiné à un déséquilibre musculaire, augmente les risques de surcharge.
Colonne vertébrale
Les blessures à la colonne vertébrale représentent entre 1,9 % et 7,1 % des blessures. Une posture caractéristique appelée « climber’s back », marquée par une cyphose thoracique accrue, une lordose lombaire et une protraction des épaules, peut se développer avec le temps. Cette posture est associée à des maux de dos chroniques et peut être prévenue par des exercices réguliers d’étirement et de renforcement ciblé.
Pied
Les atteintes au pied sont souvent liées au port de chaussures d’escalade très serrées, pouvant favoriser diverses pathologies comme la fasciite plantaire, la métatarsalgie ou l’hallux valgus.
Genou
Au niveau du genou, certaines techniques, comme le « drop knee », exposent l’articulation à des contraintes élevées et augmentent le risque de lésions méniscales ou ligamentaires.
Prévention et principes de réadaptation
La prévention repose sur une gestion adéquate du stress mécanique, incluant l’adaptation de l’intensité des voies, la variation des prises et l’intégration de repos relatif. En réadaptation, la reprise doit être progressive, avec des charges faibles au départ, des étirements réguliers et un travail des muscles antagonistes.
Vous ressentez une douleur au doigt ou soupçonnez une blessure liée à l’escalade? Les professionnels de PhysioExtra peuvent vous accompagner avec une évaluation personnalisée et un plan de traitement adapté à votre pratique pour un retour sécuritaire sur les parois d'escalade.
Sources
- Ehiogu, U.D; Jones, G & Schöffl,V (2023). Rehabilitation of Annular Pulley Injuries of the Fingers in Climbers: A Clinical Commentary. American College of Sports Medicine, 22(10) : 345-352. 10.1249/JSR.0000000000001107
- Keegan, P., Richard, L. et Andrew, J. (2020). Comprehensive Review of Rock Climbing Injuries. Journal of the American Academy of Orthopeadic Surgeons, 28(12), e501-e509. 10.5435/JAAOS-D-19-00575
- Maitland, M. (1992). Injuries Associated with Rock Climbing. Journal of Orthopeadic & Sports Physical Therapy, 16(2), 68-73. https://www.jospt.org/doi/10.2519/jospt.1992.16.2.68
- Rooks, M.D. (1997). Rock climbing injuries. Department of Orthopaedic Surgery, Emory Universitu School of Medecine, 23(4):261-70. 10.2165/00007256-199723040-00005

